Croyez-vous en la victoire ? Si tel est le cas, n’oubliez point qu’il y a une chose qui lui est indissociable pour y parvenir ? : La détermination ! Pourquoi cette subite remarque en prologue à cette lettre ? Parce que je me suis surpris à songer à cette légende des Walkyries. On disait qu’elles entretinrent une relation privilégiée avec des guerriers que l’on nommait « beserk ». Sur les champs de bataille ces valeureux combattants, inspirés par la fureur d’Odin, se dévêtirent de leur armure pour se livrer au combat ; avec une force démesurément surnaturelle. Fières de mourir ainsi au combat, ils furent convaincus de gagner le Walhalla.
J’eus connu, de part mon passé de mortel, une histoire identique à celle-ci. Je ne fus point né en cette époque, mais elle me fut conté mon défunt père, Alessi de Belmon. Il y eut au début du XIIIème siècle, lors de la croisade entreprise à l’encontre de notre croyance, un humain qui se crut l’envoyé de Dieu : le seigneur Simon de Montfort. Tel fut le nom dont mon peuple n’oublia point. Part ces exactions, ce chevalier d’Ile de France eut amassé sur sa personne tout l’opprobre des gens de langue d’Oc. Certes il fut courageux et fort ; mais fut tout autant ambitieux que vindicatif. La tolérance fut une vertu qu’il ne connut point. Cependant, sa passion aveugle qu’il voua au Dieu des catholiques, fit de lui un redoutable pourfendeur de cathares : on eut dit qu’il se crut invincible en accumulant maintes victoires sur ma terre occitane. En somme, il fut comparable à ces guerriers « beserk » qui alimentèrent l’imagination de ces populations Scandinaves. Le Sieur Simon devint le chef des croisés, et sous son autorité, il fit tombé une à une toutes nos villes. Leurs habitants furent tous massacrés ; femmes, hommes, enfants, vieillards et jeunes, chrétiens et hérétiques. Aucun ne fut épargné ! Moult arbres furent abattus pour ériger d’immenses bûchers, qui proliférèrent tels des monuments infernaux : comme ce fut le cas à Minerve en l’an 1210, où cent quarante cathares furent dévorés par les flammes après cinq semaines d’affrontements.
En l’an 1209, durant le siège de Béziers, l’évêque Raymond de Montpeyrou vint à tenter de convaincre les insurgés cathares de se convertir et d’abjurer ; à la suite de quoi, il leurs promis la vie sauve. Mais il eut pour toute réponse de leur part : « Plutôt mourir hérétiques que de vivre chrétiens ! » Et ce fut la cause du sac de Béziers. Ce qui rejoint, en conclusion, cette détermination citée plus haut.
Cette tragédie humaine je l’ai porté jusqu’à ma mort. Elle est encore là, bien présente telle une empreinte marquée au fer rouge ; et ce, pour ne point oublier d’où je fus venu et ce que fus autrefois mon pays.
Lucius de Belmon